CANAL

 

La fin du XVIIème siècle fut marquée par un événement fort important : la création du canal d'Orléans. C'est par un édit de mars 1679 que Louis XIV permit à son frère, le duc d'Orléans, de faire construire un canal permettant la navigation depuis la rivière de Loire près Orléans jusqu'en celle de Loing tombant dans la Seine avec attribution de droits et la propriété du dit canal à perpétuité.

 

Ceci devait ainsi donner la possibilité de relier Nantes à Paris en y transportant toutes sortes de marchandises. Il fut mis en service en mars 1692; il posa de gros problèmes pour son financement et son tracé; les travaux durèrent 10 ans; il coûta 8 millions de livres tournois pour 73 kilomètres de long et 30 écluses.

 

L'héritage de Pont aux Moines avait été cédé comme nous l'avons vu par Jacques de Faure de Ferries prieur de St. Jérôme avec les moulins lesquels ne pouvant plus tourner furent détruits par la suite.

 

Un plan dressé à l'époque par l'arpenteur Fleury nous donne les riverains donc les propriétaires qui furent également expropriés, on y relève notamment : les Chartreux d'Orléans, le seigneur de Fay, la maison de la Réméré, l'Hôtel Dieu de Pont aux Moines, l'église de Mardié, les familles, le seigneur de Latingy, le prieur de Donnery, le seigneur de la Herpinière Monsieur Geufironneau, Nicolas Archenault.

 

Le procès verbal des héritages concernés a disparu en 1731 dans l'incendie de la demeure de Monsieur de Boullancourt, juge du canal à Pont aux Moines.

 

Notre bief mesure 4.660 mètres, l'écluse a 40 mètres 50 de long et 3 mètres 40 de large.

 

Le duc d'Orléans fut dépossédé à la Révolution en 1794. Le canal appartint alors successivement :

  à une compagnie fermière jusqu'en 1807,

  à une compagnie par actions jusqu'en 1860,

  enfin à l'état.

 

La perception des droits fût assurée par un receveur général établi à Pont aux Moines pour les deux canaux du Loing et d'Orléans. Il y avait un receveur particulier à Pont aux Moines et 6 contrôleurs dont un à Pont aux Moines. Le canal avait droit de justice pour tout ce qui relevait de sa compétence : un juge du canal siège donc à Pont aux Moines avec des attributions civiles et pénales. Pont aux Moines est le siège le plus important; ce juge est assisté d'un procureur fiscal avec un huissier et un greffier. A Montargis était un lieutenant du juge de Pont aux Moines. La justice a aussi des pouvoirs administratifs.

 

L'état civil nous a laissé des noms : en 1689 Pierre Fuet est receveur du canal; à partir de 1694 Robert Mayeux Duhamel est contrôleur du canal; en 1703 il est dit procureur du roi en la justice du canal. En 1725 Lenormand conseiller du roi, juge conservateur de la justice du canal se noie dessous l'écluse à 49 ans. En 1731 Jacques Deshault, ancien procureur de la justice du canal se fait enterrer dans l'église ; de même en 1736, maître Louis Valette sieur Delezeau, avocat au parlement, conseiller de son altesse sérénissime le duc d'Orléans, procureur de justice du canal, receveur du dit canal. De même encore en 1738, près le banc du prince,

Nicolas Richard contrôleur du canal, 60 ans, les témoins sont Ducroc, receveur et procureur du canal et Salomon des Barronnières, juge.

 

En 1729, Monsieur de Boullancourt est lieutenant de justice, le sieur Gueret est procureur fiscal en 1756, puis lieutenant de justice. On peut juger par cette énumération de l'importance que pouvait avoir le siège de Pont aux Moines. On trouve encore Trouillet en 1758, comme contrôleur, Guignebert receveur en 1779 et Charles Aubin contrôleur en 1789.

 

Le juge conservateur gagne 525 livres, son lieutenant 450; deux procureurs gagnent 250 et 225 livres, l’huissier 112 livres, il y a audience chaque mois, le premier mercredi, les lundi et jeudi. La maison du prieur est réservée au juge.

 

En 1789 tout le contentieux est donné aux tribunaux de district.

 

Extrait d'un procès verbal de visite de Jean de Creil, conseiller du roi en la généralité d'Orléans en décembre 1691:

'Transporté au Pont aux Moines, où nous avons trouvé l'écluse qui a esté bastie au dit lieu parfaitement bien construite, tant d'ouvrage de charpenterie que de maçonnerie suivant et conformément au deviz, adjudication et réception que nous avons faits"

 

Au XVIIIème siècle, il passe environ 1.500 bateaux par an, donc une moyenne de moins de 50 par jour, soit 80.000 tonnes. Pour comparer, en 1954, il a été compté 2.134 tonnes. Le canal de Briare faisait le double. Le trafic maximum se situe au début du XIXeme siècle.

 

Les bateaux furent d'abord halés par des hommes, parfois même des enfants, puis des chevaux à partir de 1845, ce qui amena des protestations du maire de Chécy car cela supprimait du travail pour des hommes.

 

Pour aller de Nantes à la Seine il fallait compter au minimum 20 jours, le maximum étant de 70 jours en période très défavorable. En 1810 on trouve un important trafic de vin, fruits, eau de vie, bois de toutes sortes, planches, charbon, ardoise, poterie, pierre, grains, sel, sabots, poisson. Le droit de passage est fixé et payé à Pont aux Moines. Il ne faut pas le confondre avec le prix de voiture débattu librement entre les chargeurs et les patrons de bateaux. De nouveaux terrains et magasins, soit environ 5.000 mètres furent achetés en 1714 pour le virage des embarcations.

 

En 1789, les créanciers de Philippe Egalité font vendre le canal aux enchères le 13 vendémiaire an VII. La compagnie Bellesme se contente d'un mauvais entretien et d'une mauvaise administration. On signale alors des disparitions de fonds dans les caisses de Pont aux Moines. Sous l'Empire, en 1807, on retrouve un receveur particulier à Pont aux Moines qui recevait les droits de navigation établis par le contrôleur, ainsi que les droits de pêche, de francs bords.

 

En 1791, Bizot, directeur général des canaux vend à Claude Jobet, maire de Mardié, 17 arpents et 36 perches situés en la prairie de Pont aux Moines. C'est à cet endroit qu'il devait peu après construire le moulin à eau que nous connaissons.

 

En 1814, les cosaques vinrent à Pont aux Moines en suivant le canal sans trop de résistance. Quelques bateaux stationnés dans le bief furent brûlés, la maison éclusière traversée par un boulet de canon. Les gardes, l'éclusier subirent le choc des troupes, pillage, meurtres ne furent point épargnés. Sans arme, abandonnés à eux-mêmes, ils ne purent se défendre ni protéger les installations du canal.

 

En 1818, il est question de faire des réparations aux bâtiments servant de logement aux employés : logement du receveur, du contrôleur, du conducteur de l’éclusier pour la somme de 8.281 francs. La chapelle est utilisée comme magasin.

 

En janvier 1828, on décide de refaire le pont qui n'est pas assez large, sinueux et trop haut. Le nouveau sera plus large, droit, il aura moins de pente, d'où une meilleure visibilité pour les voitures. Une nouvelle maison éclusière fut construite en 1835 : c'est celle que nous voyons actuellement.

 

Les portes de l'écluse refaites en 1816 et 1817 le sont encore en 1839.

 

Notre canal, actuellement déclassé n'est plus utilisé que pour le plaisir des pêcheurs.

 

 

 

 

 

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