CONTRATS PARTICULIERS

 

La vie courante de nos ancêtres au XVIIème et XVIIIème siècle transparaît à travers les actes qu'ils passent devant les notaires. C'est ainsi que l'on trouve par exemple une assemblée paroissiale du 24 avril 1768 à la suite de l'annonce faite au prône et au son de la cloche en présence du bureau des marguilliers et du curé François Cerisier : on discute du choix des places et préséances à l'église, il faut les vendre ou les affermer à l'exception de la chaire devant le lutrin pour la commodité des choristes, à l'exception aussi des places de Monsieur de Miromesnil, Monsieur Duguayneuf et Monsieur Poussot, de leurs domestiques et autres seigneurs censitaires et bienfaiteurs de la dite église. Il y aura lieu à adjudication, acte passé devant notaire; on fera des réparations si nécessaire, chaque habitant ne pourra acquérir qu'une place. Tout le monde est d'accord.

 

On trouve des ventes de biens, terres, maisons. Le 17 mai 1786, vente de la maison de la Rouillère derrière les Courtils sur la rue du cimetière : Jean Pierre Leclerc à Jean Baptiste Juranville pour 772 livres dont 72 comptant, le reste en rente de 35 livres chaque année jusqu'à remboursement, ce qui est en somme une vente à crédit. Le nouveau propriétaire s'engage toujours à payer les cens et dîme mais aucune somme n'est mentionnée ni le nom du censitaire; celui-ci est indiqué dans la reconnaissance censuelle que l'on remplit séparément.

 

Les baux des maisons de particulier à particulier ressemblent à ceux de nos jours. Ainsi le 2 février 1769 bail à loyer de Simon Jobet, rue des Baroches près le bourg à Etiennette Passeguay, veuve Fiacre Bonneau, pour une maison au Poutyl avec 30 perches de vigne tenant à Mauger; Jean Louis Boytard, Michel et Pierre Lecointe pour 30 livres par an. Elle comprend l chambre basse non carrelée avec cheminée et four à cuire pain, grenier au dessus, toit à vache et à porc, le tout couvert de thuiles.

 

Notons un fait très remarquable surtout au XVIème et XVIIème siècle et  vraisemblablement antérieurement, on achète et on vend la moitié d'une maison; on ne fait pas de détails sur la façon dont les deux propriétaires devaient s'accommoder : chacun devait avoir au moins son entrée particulière. Ainsi d'un contrat passé le 4 octobre 1507 par lequel Jehan Lucas, bourgeois d'Orléans baille à titre de rente annuelle à Jehan Thibault, vigneron, la moitié divisée d'une maison et jardin rue de Mauconseil, l'autre moitié appartenant à Etienne Godefroy, bourgeois d'Orléans.

 

Nombreuses étaient les rentes entre particuliers, les constitutions de rente sont les ancêtres de nos emprunts actuels : le 15 juin 1743 Jean Leclerc, tonnelier vigneron et sa femme créent et constituent et promettent de garantir et payer à Charles Rocher, maître laboureur dans une métairie de Vienne une rente de 60 livres annuelle et perpétuelle, à payer, lui et ses hoirs jusqu'au remboursement du capital de 1200 livres; la rente était donc rachetable, ce qui n'est pas toujours le cas.

 

La rente peut être garantie par une hypothèque sur une terre ou une maison; elle peut se vendre à un autre particulier pour le montant du capital.

 

Il  est  intéressant  de  voir  les  différences  des  contrats  de  mariage  avec  nos  contrats actuels.Voyons celui de François Reguigne, 25 ans avec Marguerite Juranville le 6 novembre 1741. Les futurs seront communs en biens : meubles acquêts et conquêts immeubles qu'ils feront ensemble durant le dit mariage conformément à la coutume d'Orléans qui sera la règle de leur communauté. Le futur apporte la somme de 900 livres, savoir 700 livres en argent, 200 en meubles, mais 450 lui demeureront propres. La future apporte 450 livres, elle sera habillée d'habits nuptiaux par sa mère qui paiera aussi les frais de noce. Si elle vient à lui survivre sans enfant, il lui donne 300 livres, c'est le douaire, qui ne sera que de moitié s'il y a un ou deux enfants, à prendre après partage des biens sur la part et portion que le futur délaissera à ses héritiers.

 

Le survivant prendra par préciput et avant le partage des biens : le futur, ses habits, linge et outils, les bagues et joyaux de sa femme et la future ses habits, linge, bagues et joyaux. En cas de survie, la future pourra accepter ou renoncer à la communauté, en ce cas, elle reprendra la somme par elle y apportée, son douaire et préciput avec les autres meubles et immeubles qui peuvent lui être échus par succession, donation ou leg durant la dite communauté.

 

Une vente aux enchères du 2 novembre 1770 nous apprend beaucoup de choses. A l'issu de la grand-messe aux requêtes et présence de Laurent et Simon Larousse, vignerons au bourg, collecteurs de tailles et autres impositions pour cette année, et Jacques Belletoise et Jacques Leclerc collecteurs de taille pour 1769, saisissant meubles et effets délaissés par défunt François M.... vigneron et ci-devant regrattier au bourg par procès verbal de moy huissier soussigné en date 10 octobre en vertu du rôle des tailles et autres impositions. Jean Jacquet, vigneron demeurant aux Quesmières est dépositaire et gardien des dits meubles et effets. Ces effets sont mis en vente par les dits collecteurs et mis à prix par Louise Ménager, maîtresse revenderesse publique, demeurant à Jargeau.

 

La vente dure deux jours dans la maison de François M.... ouvrant sur la place du dit bourg. On vend notamment : crémaillère, chenets, chandelle, un mauvais bois de lit à colonne avec sa paillasse, draps de toile de chanvre, couvertures, chaudrons de cuivre jaune, balance de cuivre jaune sans cordeau, chandeliers, passoires, poêlon, petite cuiller, marmite de fonte, coffre de bois, un vieil habit, vaisselle d'étain, armoire garde manger en bois de sapin.

 

A la fin de la vente apparaissent Etienne Leclerc et François Lange vignerons, gagiers et marguilliers en exercice de l'église d'oeuvre et Fabrique de Saint Martin de Mardié lesquels ont déclaré qu'ils sont opposés à la délivrance des deniers qui sont provenus de la vente des meubles et effets du défunt François M.... l'aîné pour sûreté et non paiement de la somme de 74 livres dûs à la Fabrique pour arrérage d'une rente de 10 livres par chacun en dernier terme sans préjudice de l'année courante, faisant défense au dit Nicolas M.... receveur des deniers de la dite vente de faire aucune délivrance des dits deniers de la saisie, à peine par lui, d'être responsable. Est aussi comparu là Jean Jacquet, vigneron comme tuteur de Jacques Jacquet son frère et déclare s'opposer aussi pour sûreté de non paiement de la somme de 84 livres 15 sols à lui dûs pour 5 années de ferme de vigne. Et puis aussi, la veuve Nicolas Jacquet pour non paiement de 21 livres, 18 sols, 6 deniers à elle dûs....

 

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