ETAT GENERAL AU XVIIème ET XVIIlème SIECLE

 

Les archives d'état civil constituent également une importante mine de renseignements; nous apprenons par eux que l'auberge de la Croix Blanche existait déjà en 1645. En cette année fut baptisé le fils de Nicolas Picault hôtelier de la Croix Blanche, on retrouve la famille Picault en 1696 et en 1701. Claude Picault est marchand hôtelier. Un inventaire du 15 janvier 1757 nous donne Nicolas Guénard comme propriétaire à l'occasion du décès de sa femme Marie Levesque, veuve en première noce de Germain Roumilly. La dite maison fait le coin du chemin de Jargeau et de celui de Fay; elle tient du levant à la maison d'Antoine Bastard locataire et du nord à Jean Leclerc tonnelier.

 

Il y eut depuis une modification du tracé de la route de Fay ce qui a permis la construction d'autres maisons; l'hôtel comprend plusieurs chambres, une cuisine, une grange, un grenier; il y a deux ou trois bois de lit dans chaque chambre; la tradition rapporte qu'il s'agissait d'un relais de poste.

 

Une deuxième auberge existait à l'est de la première sur le grand chemin de Jargeau également; elle est tenue en 1741 par Antoine Bastard, marchand boucher aubergiste, ceci nous est prouvé par l'Inventaire du 14 février 1741 fait à la suite du décès de la femme de Bastard. Il s'agit de l'auberge des trois rois où nous trouvons le 3 avril 1743 le décès de Catherine Binechère, épouse de Jean Bouvard aubergiste des trois rois; mais il y a tout lieu de croire que cette auberge existait depuis au moins le XVIIème siècle puisque nous trouvons a cette époque deux familles d'aubergistes à Pont aux Moines : la famille Picault déjà nommée et la famille Lemoyne.

 

Les descendants des Bastard sont les Cléments, mais après la Révolution on retrouve ces derniers à l'auberge de la Croix Blanche et l'auberge des trois rois a disparu.

 

Dans l'inventaire des anciennes séries des archives d'Orléans, il est même question d'une troisième auberge : 6 septembre 1764 , Vol de Brunet dans l'auberge de l'image Notre Dame à Pont aux Moines, mais nous n'aurons jamais plus de détails puisque l'incendie de 1940 a détruit une grande partie des archives; alors toutes les suppositions sont permises. On signale aussi en 1761 l'adjudication d'une auberge à Pont aux Moines, s'agit-il de l'auberge des trois rois? la encore on peut rêver...

On trouvait dans le bourg plusieurs cabarets, mais leur emplacement ne nous est pas indiqué. La commune possédait plusieurs moulins à vent, c'est ainsi que Simon Thibault et Etienne Dupuis sont meuniers en 1744; mais là encore aucune indication d'emplacement ne nous est donné à l'exception d'un moulin situé sur un sentier du Clos de l'Aumône sur un plan relatif au canal.

 

Des faits divers navrants nous sont révélés :

 

28 décembre 1692       Décès d'un pauvre garçon de 14 à 16 ans trouvé mort dans la plaine de Latingy reconnu pour catholique à un livre de dévotion au Saint Suaire.

17 janvier 1694            Décès d'une pauvre femme d'Auvergne dans la grange du prieuré de Pont aux Moines.

8 juillet 1694                Un enfant de 8 ans est dévoré par une bête carnassière proche du bois dans la maison de Marcel Monnaye aux Breteaux; il n'est resté qu'une jambe.

15 juillet 1697              Baptême d'un enfant né au milieu du chemin, baptisé par un révérend père allant à Saint Benoît.

13 novembre 1713       Décès d'un pauvre passant dans la métairie de l'Etang.

27 juillet 1730              Décès d'un pauvre homme dans l'écurie de la Croix Blanche dans la nuit

6 septembre 1713        Décès de Marie Lecointe, dévorée par une bête cruelle proche de la maison.

27 novembre 1738       Décès d'un pauvre inconnu sur le chemin de Latingy, environ 65 ans.

en 1754                        Décès d'un garçon de 35 ans, passant à la Gaillardière, venant d'Angers.

 

Une maison des Breteaux avait sa chapelle personnelle : le 6 novembre 1778, mariage de Sulpice Vrain à Anne Dubois, dans la chapelle domestique de notre maison du Signe en la dite paroisse.

 

Les enfants devaient depuis longtemps aller à l'école : 21 janvier 1718, décès de Marie Leleu Duprez, maîtresse d'école de cette paroisse, 50 ans, témoins Simon Thubois gagier avec la plus grande partie des principaux habitants de cette paroisse. Le 22 mars 1765, décès de M. Penillon, maître d'école de cette paroisse. En 1782, Louis Jalicot est maître d'école; il décède en 1790 à 65 ans; sa sépulture a lieu en présence des parents et amis en grand nombre. En 1771, une demoiselle Lecointe est maîtresse d'école.

 

Anne de Villaret a fait une étude de la situation de l'école primaire avant la Révolution : au début du XVIIIème siècle, Mardié qui ne comptait que 140 feux possédait 2 institutions primaires qui se partageaient une rente de 400 livres. ÏÏ semblerait que le Chapitre ait été le fondateur des écoles de Mardié. En 1759, François Duneau donne 40 livres de rente à l'école de garçons. En 1765, monsieur Gouy, chanoine de l'église d'Orléans donne 14 livres de rente à celle des filles. En 1736, Pierre Regnard figure comme maître dans les comptes de Fabrique. En 1745, Gentil et Penillon sont tous deux instituteurs primaires. La rubrique des paiements mentionne chaque année un maître ou une maîtresse d'école. Les parents aisés se cotisaient pour offrir aux instituteurs des 2 écoles une indemnité de logement.

 

La présence d'une école n'implique cependant pas une grande instruction de la population et la fréquentation ne devait pas être très régulière. A cet effet les signatures des mariés sont significatives du degré d'instruction de la population.

 

Voyons les années 1729 à 1733 :

 

1729     Sur 5 mariages, l signature masculine, l féminine et 3 actes sans aucune signature.

1730     l mariage, l signature masculine.

1731     Sur 11 mariages, 3 signatures masculines et 2 féminines, le reste sans signature.

1732     Sur 9 mariages, 3 signatures masculines seulement.

1733     Sur 9 mariages, 2 signatures masculines seulement.

 

d'où première constatation : plus de la moitié des mariés ne savent même pas signer leur nom; dans le cas d'une seule signature c'est le plus souvent celle du mari d'où l'on déduit que l'on envoyait plus facilement les garçons que les filles à l'école.

 

Après la Révolution, la même étude donnera les résultats suivants:

 

1793    6 mariages, 4 signatures masculines, 3 féminines, l acte ne porte aucune signature.

1794    4 mariages, 3 signatures masculines.

an III     3 mariages, 2 signatures masculines et l féminine.

an IV     7 mariages, 3 signatures masculines.

 

donc en 1794, au moins la moitié des hommes sait signer son nom; la proportion chez les femmes reste toujours inférieure; dans l'ensemble, très légère augmentation par rapport au début du siècle.

 

Si l'on s'intéresse aux familles, on constate que des noms très anciens se retrouvent à l'heure actuelle : Deberne, Jobet, Lecointe, Mauger, Thibault; mais d'autres souches demeurées vivaces pendant des siècles ont maintenant disparu : Belletoise, Binechère, Boytard, Juranville, Jacquet, Lange, Leclerc, Larousse, Massias, Orillard, Picault, Reguigne, Vauxion.

 

Un nombre impressionnant de décès indique une épidémie ou une disette. L'Orléanais connaît les épidémies dénommées pestes à plusieurs reprises au cours du XVIème et XVIIème siècle. Les années de famine bien connues des historiens locaux 1693 et 1694 sont très marquées dans la commune. Les registres indiquent au premier semestre 1693 25 décès, et 31 au second semestre; total : 56. Pour 1694, premier semestre 36, et 32 au second semestre soit 68 au total. Par comparaison on avait noté en 1691 23+20 soit 43 décès et en 1692 14-U7 soit 31 décès en tout, ce qui était nettement inférieur sans être pourtant catastrophique par comparaison avec d'autres communes.

 

Tout cela est d'ailleurs variable. Ainsi l'on relève par exemple :

 

1733    37 décès pour 33 baptêmes.

1734    18 décès pour 38 baptêmes.

1735    18 décès pour 37 baptêmes.

1738    46 décès pour 34 baptêmes.

 

En ce qui concerne les décès, nous avons étudié plus particulièrement les années qui entourent la Révolution, soit de 1778 à 1782, puis 1788 à 1792 :

 

Années

78

79

80

81

82

 

88

89

90

91

92

< 2 ans

6

7

15

11

10

 

15

18

12

7

7

2 à 5 ans

1

5

0

4

1

 

1

3

2

3

3

5 à 10 ans

0

2

0

1

0

 

1

1

3

1

1

10 à 20 ans

0

4

2

0

0

 

1

2

0

0

0

20 à 40 ans

3

3

2

4

0

 

0

3

2

4

4

40 à 60 ans

0

6

4

6

4

 

0

3

3

5

5

> 60 ans

1

7

3

7

2

 

7

3

6

4

4

Total des décès

11

34

26

33

17

 

25

33

28

24

24

Nombre de naissances

23

26

31

24

28

 

30

30

29

24

30

 

 

 

On constate que le nombre des naissances est généralement supérieur au nombre des décès, donc que la population s’accroît et que la plus importante mortalité se situe dans la première tranche, c'est à dire avant 2 ans. Le nombre des naissances est important par rapport à la population puisque l'on comptait dit Jousse 158 feux en 1736 et 170 en 1768. Il y avait dit-on 566 habitants en 1789.

 

Avant d'aborder la Révolution, mentionnons que la paroisse faisait partie de la Généralité d'Orléans qui comprenait en gros les départements du Loiret, Eure et Loir, Cher, Loir et Cher; il s'agissait d'une circonscription administrative dirigée par un intendant de police, justice et finances, agent privilégié de l'autorité royale depuis 1665, 1670. Elle se divisait en plusieurs baillages : Mardié dépendait du baillage d'Orléans qui était une circonscription judiciaire avec des lieutenants; pour nous, le prévôt de Jargeau étant le premier degré de justice.

 

L'impôt direct était la taille, répartie dans les paroisses par des collecteurs élus, lesquels, bien souvent, ménageront leurs amis, d'où des injustices. La répartition supérieure était l'élection, de même pour les greniers à sel et la gabelle. Autres impôts directs la capitation et le vingtième assis sur les personnes. Autre impôt indirect : les aides sur les boissons.

 

Le maire n'a que très peu de pouvoir; il préside les assemblées avec le curé, fait exécuter les ordres des intendants, aide à la répartition des impôts. Les premiers maires datent de Louis XI.

 

L'assistance aux offices est très importante, mais il s'agit surtout d'une dévotion superficielle mêlée de superstition. Précisons cependant que les curés du XVIIIème siècle sont d'un niveau intellectuel plus élevé que ceux du XVIIème, époque à laquelle les prêtres étaient assez peu instruits; on assiste au milieu et à la fin du XVIIème siècle à la fondation de nombreux séminaires.

 

La grosse culture est la vigne, comme le montrent les cartes et les titres de l'époque. C'est le règne de la petite propriété et du faire valoir direct. La vigne a été introduite par les Romains du fait de la proximité de la Loire. On cultive 2 à 3 hectares par famille, mais le vigneron doit souvent acheter son grain même si le vin se vend à bas prix, témoins les années 88/89. On trouve cependant un peu de seigle et de froment sur la paroisse.

 

Rappelons ici, dit l'historien Polluche, l'existence de la Fontaine Gony, quartier de Mézière dont les habitants font grand cas et dont les eaux sont très salutaires.

 

En 1787, on ne sait trop pourquoi, les habitants de Mardié sollicitent de l'Official de Sainte Croix l'autorisation de diminuer le cimetière (il s'agit du grand) du côté de l'Orient; ceci leur est accordé à condition de relever les ossements et de le clore de tous côtés;

 

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