LATINGY
Latingy a eu pour orthographes La Tingie, La Tingy,... Pour une commodité
de lecture nous nous en tiendrons à "Latingy" dans ce document.
GENERALITES
Ce domaine n'était à l'époque romaine et aux temps barbares qu'un simple
domaine rural. Au moyen âge, il devint un fief noble dont la possession
entraînait des prérogatives, des droits et imposait en retour les obligations
dictées par le régime féodal. Ces droits et devoir perdirent peu à peu de leur
importance à partir du XVIéme siècle. Mais le formalisme désuet persista
jusqu'à la Révolution. Les seigneurs de Latingy étaient de petits seigneurs :
Ils n'avaient pas de justice ni de vassaux.
Toute terre noble relevait par définition d'une autre terre et cette
dépendance personnelle à l'origine se traduisait par des obligations de vassal
à suzerain. A chaque changement de titulaire du fief dominant ou du fief servant,
le vassal devait porter foi et hommage à son seigneur et produire aveu et
dénombrement de tout ce qu'il tenait de son suzerain.
Latingy relevait féodalement de la seigneurie de la Roncière, paroisse de
Loury, au XVIème et XVIIème siècle, ce droit de suzeraineté de la Roncière
s'étendait sur la maison seigneuriale de Latingy, les Métairies de la Basse
Cour et l’Etang avec leurs dépendances, les deux étangs, la maison du Mont plus
8 arpents de terre, deux petites censives et des terres baillées à cens et à
rente.
Puis au fur et à mesure de l'extension du fief, les propriétaires de
Latingy relevèrent également d'autres seigneurs : Fief du Bouchet réuni à
Latingy en 1564 qui relevait d'un seigneur de Senives près de Pithiviers; la
Motte Bretauche, réunie à Latingy avant 1491 avait pour seigneur l'évêque
d'Orléans. Un pré relevait du seigneur d'Allonnes paroisse de Donnery et un
arpent et demi de pré en la Prairie de Pont aux Moines dépendait de Monsieur de
Champvallin à Sandillon. Enfin, le chapitre de Sainte Croix était seigneur
féodal pour 69 arpents sur la ferme de la Gaillardière qui fut réunie à Latingy
en 1663.
Les derniers actes de foi et hommage furent passés par Monsieur Lasneau
lors de son acquisition de Latingy le 22 janvier 1790 en faveur du seigneur de
la Roncière et de l'évêque d'Orléans. Tous ces actes ainsi que les terriers et
autres titres féodaux, reconnaissance de cens, etc… ont été malheureusement
brûlés en 1793.
Les cens étaient, comme nous l'avons déjà dit, des redevances féodales prélevées
par le seigneur sur les terres de leur domaine; leur origine est très obscure :
ils sembleraient résulter dans la majorité des cas de concessions de terre
données par les seigneurs à des tenanciers aux fins d'exploitation. Ces
concessions étaient faites moyennant une redevance perpétuelle et non
rachetable; le cens était attaché à la terre, à la maison, il était dû par
l'occupant qui ne pouvait s'en affranchir qu'en abandonnant son héritage. A
chaque mutation de censitaire, il était dû au seigneur censuel; certains droits
supplémentaires appelés soit droit de vin et vente, soit droit de relevoison.
Le chapitre de Sainte Croix, seigneur spirituel et temporel de la commune
de Mardié avait des droits de Cens sur différents héritages de Latingy qui
existaient de temps immémorial; vers 1650, le seigneur de Latingy possédait 2
pièces de terre chargées envers le chapitre de 14 livres 6 sols 6 deniers; le
droit de relevoison était dû par les bâtiments de la Gaillardière, la Patazerie
et une partie de leurs terres, la maison du Vieux Château, celle du Porpigneau
avec chacune 4 arpents et demi de vigne.
Les seigneurs de Latingy n" avaient pas de vassaux, mais un grand
nombre de censitaires, différents terriers ont du être dressés à différentes
époques, mais aucun ne nous est parvenu; des allusions y sont faites en 1680 et
1746, mais au XVIIème siècle les redevances étaient devenues si minimes par
suite de la dépréciation progressive des valeurs monétaires anciennes et de la
diminution du pouvoir d'achat de l'argent qu'on négligeait un peu de faire les
reconnaissances. Un plan de Fleury, arpenteur, dressé en 1643 nous donne
l'étendue des censives de Latingy:
clos des Quesmières : 13 arpents, un quartier.
clos des Colmines, 27 arpents et 3 quartiers : 8 deniers parisis par arpent
payables à la St. Michel.
au Vieux Château, 7 arpents et demi.
à la Motte Bretauche 23 arpents et demi : 8 deniers tournois par arpent.
Latingy
La propriété de la Perrière devait également le cens à Latingy, Jean
Poussot en fit reconnaissance en 1775 de même que l'avaient fait en 1720
Jacques Deshaust et sa femme Marie Payen (28 sols par an payables à la St.
Michel) ce dernier acte faisant allusion à la reconnaissance de Jean Labouré du
2 mars 1684 et à celle de Robert Bugy du 9 novembre 1633.
En 1670, les cens de Mardié produisaient 6 livres 13 sols et 8 deniers. Au
début du XVIlIème siècle ils ne produisaient plus que 105 sols seulement.
A tout cela, il faut ajouter une petite censive sur la paroisse de Darvoy,
une autre due par l’Hôtel Dieu de Jargeau et la maladrerie de St. Nicolas;
enfin la censive de Chenaille sur St. Denis de l'Hôtel érigée en fief en 1772.
De plus, les seigneurs de Latingy percevaient des rentes foncières
constituées à diverses époques par des baux à rente; ainsi des gens de
condition modeste pouvaient acquérir des biens sans gros frais, mais moyennant
une rente perpétuelle dont le poids s'allégeait sans cesse puisqu'elle était
fixée en livres et en sols et que la valeur
de ces monnaies de compte alla toujours se dépréciant. Ce pouvait être
aussi le résultat d'un prêt d'une durée illimitée gagé sur un immeuble (ceci
était un moyen de tourner l'absence de prêt à intérêt prohibé par l'église);
ces rentes étaient alors rachetables moyennant le paiement d'un capital.
Vers 1650 Latingy percevait de 105 à 120 livres, en 1667 il y en avait pour
884 livres 7 sols; la perception sur des vignerons peu aisés n'était pas sans
problème. Au XVIIIèrne siècle elles s'éteignirent peu à peu par rachat ou
saisie. En 1714 il n'y en avait plus que pour 409 livres sur des terres et
maisons de Mardié. En 1761 il ne restait que 6 petites rentes de 33 livres 11
sols 6 deniers. Tout cela fut pratiquement aboli par la Révolution.
LES PROPRIETAIRES - LE
DOMAINE
La plus ancienne mention qui a pu être trouvée sur Latingy est une saisie
féodale de 1446 par Jehan de Monceau, écuyer seigneur de la Roncière sur le
lieu et métairie de Latingy appartenant à défunte Jehanne de Meung...
Un peu plus tard la seigneurie appartient à la famille Anjorrant, Simon dit
Bourré est le chef d'une lignée qui occupera le domaine pendant plusieurs
siècles. Il rassemble des lambeaux épars d'une ancienne terre féodale.
Originaire d'une modeste famille bourgeoise de Beaugency, enrichie par le
commerce, il est dit licencié en lois en 1459, lieutenant général du gouverneur
du duché d'Orléans; en 1465 et 1466 lieutenant général du bailli de Montargis,
en 1469 et 1472 bailli de Beaugency; il décède peu après.
Louis Anjorrant, son fils, lui succède; il est avocat du roi en la chambre
des monnaies puis président des requêtes du palais et conseiller au parlement
de Paris; il décède le 19 août 1529.
Les deux frères Raoul et Claude possèdent ensuite successivement le
domaine. Raoul, chanoine de Meaux, puis de Notre Dame de Paris meurt en 1534.
Claude fut doyen des conseillers au parlement de Paris. Il réside peu dans sa
terre mais lui fut très attaché. En 1552 il acquit le vieux Château, ce qui
permit à ses successeurs de se qualifier de seigneur en partie de Mardié. Son
fils Claude hérite du domaine en 1580 à la suite d'un partage avec son frère
Jean; avec le fief de la Motte Bretauche, la moitié de plusieurs maisons à
Mardié, il est à la tête d'une fortune déjà assez considérable. Claude II fut
aussi conseiller au parlement; en 1582 il rend hommage au seigneur de la
Roncière; on le trouve parrain à Mardié d'un enfant Jacquet en 1584; il décède
peu après.
Son frère Jean lui succède, il est maître des requêtes, puis gentilhomme de
la chambre du roi; il recueille la plus grande partie du patrimoine des
Anjorrant et devient seigneur de Latingy, de Cloyes et de la Sourcière; à sa
mort avant 1610, il laisse beaucoup de dettes à ses enfants mineurs qui ont
bien du mal à conserver le domaine.
Le 4 novembre 1565, par devant Maître Poignard notaire tabellion en la
chatellennie de Jargeau, noble homme et sage maître Claude Anjorrant, pour la
grande dévotion qu'il disait avoir en l'église St. Martin de Mardié, pour
augmenter les fondations de feu noble homme maître Etienne Anjorrant son aïeul
et Louis Anjorrant son père, fait donation d'un arpent de vigne à la Fabrique
et un quartier de claie blanc; les gagiers s'engagent alors à faire dire et
célébrer les premiers dimanches d'octobre, avril et juin par chacun an au grand
autel un service solennel et vigil à 9 psaumes et 9 leçons, messe haute de
requiem... 'faire sonner deux grosses
cloches accordant en branle et autres choses accoutumées en la dite église.
La présente fondation sera engravée sur un tableau en pierre de taille en la
chapelle d'ycelle église"
Mais ceci ne nous donne pas le nom du procureur du roi enterré dans
l'église à droite derrière l'autel actuel; deux dates de décès sont données :
novembre 1587 et janvier 1620. S'agit-il de personnages de cette famille? Le
mystère demeurera puisque les noms sont effacés.
Les Anjorrant portaient "d'azur à 3 fleurs de lys au naturel, figées
et fouillées de sinople"
Etienne Anjorrant s'occupe de la mise en valeur de son domaine et créa la
métairie de l'Etang en 1487. Louis Anjorrant acquiert une motte appelée la
Bretauche le 15 novembre 1506 et le lieu de la motte Melleray à Donnery en mars
1506. Lorsque Claude, frère de Raoul achète le Vieux Château en 1552, ce
n'était plus qu'un ancien lieu seigneurial habité jadis par les seigneurs de
Mardié dont il ne restait plus que des masures en mauvais état avec des
dépendances de terre, vigne et pré. De même il se rend acquéreur le 21 mars
1551 du clos de vignes appelé le Mont soit 2 arpents et demi avec une maison,
puis 10 ans plus tard de 7 arpents et un quartier de bois buissons et terre
nue, et un arpent de vigne avec une autre maison.
De 1556 à 1566, Claude Anjorrant récupère le clos des Quesmières aliéné
jadis par des baux à cens et rente, ainsi que le bois des coudres et 7 arpents
de dépendance, une maison en fort mauvais état qui fut démolie en 1581 pour
réparer celles du Mont et des Quesmières. En 1564, il réalise l'acquisition du
fief du Bouchet, ancienne terre féodale tombée en roture au centre de laquelle
se dressait une motte entourée de fossés et une vieille masure avec 50 arpents
de terre.
Latingy échut en 1614 à Geneviève Anjorrant épouse de Adrien Dudrac, sieur
de Beaulieu, son cousin, conseiller du roi en ses conseils d'Etat et Privé,
gentilhomme ordinaire de sa chambre. Elle reste veuve en 1628. Geneviève
s'occupe activement de ses propriétés, secondée par un serviteur probe et zélé,
son maître d'hôtel Christophe de Paris; ce dernier se constitue rapidement une
propriété personnelle importante.
Fort jalouse de ses droits et prérogatives, la dame Dudrac fit un procès au
chapitre de Sainte Croix, seigneur spirituel et temporel de Mardié pour qu'on
lui fit les honneurs du pain bénit et de l'eau bénite en l'église paroissiale.
Elle n'eut pas gain de cause. Elle était familière avec les habitants et servit
assez souvent de marraine pour les enfants du pays.
Vers 1630, la terre de Latingy possédée par Geneviève Anjorrant veuve
Adrien Dudrac avait une contenance de 1.000 arpents environ en terres
labourables, bois, pâture, étangs, le tout presque en une pièce. L'adjudication
pour 1525 livres, le 7 avril 1630 de la Patazerie vint ajouter un important
morceau à ses possessions.
La Patazerie tire son nom et origine d'une famille de bourgeois d'Orléans,
les Patas. Le domaine fut constitué au XIIIème siècle par Christophe Patas
"boucher du grand bourg et marchand d'Orléans". De 1527 à 1575, il
s'agrandit en terre et vigne au clos des Gros, clos Prévost, bourg Pineau, les
Quesmières, en tout 69 arpents au début du XVIIème siècle et un ensemble de
bâtiments qui existent encore.
A l'est et enclavée dans ses dépendances, les Patas possédaient une maison appelée
anciennement Bourg Pineau ou Porpigneau, à partir du XVIIéme siècle dont
dépendait environ 12 arpents. De plus, les Patas tenaient à rente du chapitre
de Sainte Croix, des terres situées au nord du côté du Bouchet. La famille
Patas avait ses armes : d'azur à la bande d'or chargée de trois étoiles de
gueules accompagnée en pointe d'un lion d'or couronné et lampassé de gueule.
C'est à la requête de Jacques Patas que la propriété fut vendue; elle
comprenait : une maison couverte de tuiles, composée de 2 chambres, 2 greniers,
l petit colombier, l grange et 3 étables, cour devant les dits bâtiments et par
derrière un jardin, une petite vigne blanche et un petit morceau de terre à
faire chénevière plus 80 arpents de terre. Les terres prises à bail du chapitre
pour 50 et 99 ans à partir de 1604 et 1608 demeurèrent en la possession des
seigneurs de Latingy jusqu'à la Révolution.
En 1633, Françoise Dudrac, mariée à Nicolas Courtin, seigneur de Rosay en
Brie hérite à son tour de Latingy, le mariage eut lieu à Mardié le 13 mars
1633. Il est conseiller au parlement de Paris, réside paroisse St. Nicolas des
Champs; il aimait venir se reposer à Latingy. Il entreprit la reconstruction du
château et fit creuser un canal au bas du jardin. En 1643, il fit dresser le
magnifique plan de Fleury que nous connaissons.
Devenu veuf en 1663, il recueillit au nom de ses filles le généreux leg que
leur fit le dévoué serviteur de sa famille Christophe de Paris par son
testament. La donation comprenait:
• La métairie de la Gaillardière :
celle-ci après avoir longtemps appartenu à la famille Picault fut acquise par
Christophe de Paris qui avait avancé de l'argent pour des travaux de maçonnerie
et de charpente en 1639; le domaine comprenait un ensemble de bâtiments donnant
sur une cour close en partie de murailles et 177 arpents de terres et de prés.
• Une maison à la Durandière avec un
clos de vignes, de prés de huit arpents.
• Une maison à la Ducinière en
bordure de la route d'Orléans avec 7 arpents de terre.
• Une maison à la petite Perrière
avec 5 arpents et demi de vignes tenant de trois côtés aux terres de la
Gaillardière.
La maison de la Durandière resta du domaine de Latingy, les deux autres
furent vendues et démolies.
• Deux autres maisons sises cloître
de Mardié
• La maison de le Bretauche avec 3
arpents de terre. Cette dernière ait assez vite baillée à rente perpétuelle
moyennant 50 livres 8 sols 6 deniers plus une poule.
Plusieurs autres maisons furent également l'objet de location.
Il faut ajouter
que Monsieur de
Rozay avait acquis
le 30 octobre
1638 la maison
du Porpigneau de Catherine Patas en bordure nord du chemin de Mardié à
St. Denis, non loin des bâtiments de la Patazerie avec 11 arpents de terre.
Rappelons ici que le chemin de St. Denis dont il est question ici est notre
actuelle rue de Latingy.
Jeanne Françoise Courtin épousa le 26 mars 1667 Thomas Hue seigneur de la
Rocque, conseiller au grand conseil, chevalier puis marquis de Miromesnil en
1687 du nom de la terre de Miromesnil près de Dieppe dont il hérite. Il fut
ensuite intendant de police, justice et finance de Champagne puis de Touraine.
Cette nouvelle famille devait occuper Latingy jusqu'à la Révolution.
La propriété passa successivement à son fils Jean Thomas Hue, abbé de St.
Urbin et chanoine de Notre Dame de Paris, puis aux autres enfants de son demi
frère le marquis de Miromesnil qui la laissèrent en 1721 à Thomas Hue, comte
puis Marquis de Miromesnil. Elle passa enfin à Nicolas Thomas, Comte de
Miromesnil de 1756 à 1790.
Les registres d'état civil de Mardié conservent la trace de la naissance à
Latingy de Thomas Claude en 1722, de Armand Thomas en 1723 qui devait devenir
garde des sceaux sous Louis XV; une petite fille née en 1725 devait décéder
l'année suivante et fut enterrée dans notre église.
Les Miromesnil ne firent que de brefs séjours à Latingy du fait d'embarras
de fortune durant 20 ans au début du XVIIIème siècle; vers 1744 Armand Thomas
prit les choses en main et redressa un peu la situation, mais la demeure
seigneuriale était devenue peu habitable. La famille y réside peu, elle n'était
pas très populaire car la Révolution approchait.
Nicolas ayant embrassé la carrière des armes fut officier aux gardes
françaises, puis colonel des grenadiers royaux; puis maréchal des camps et
armées du roi. Il fut le dernier de la famille à posséder Latingy : remarquons
que, depuis les Anjorrant le domaine ne fut jamais l'objet d'une vente.
Au cours du XVIIème siècle, il y eut peu de changements dans la propriété;
c'est vers la fin du siècle que fut rectifié le parcours de la grande route
d'Orléans à Sens au travers de la propriété. Un chemin neuf fût ouvert à
quelques centaines de mètres de l'ancien plus au nord; le comte de Miromesnil
fut autorisé à s'emparer de l'ancien chemin depuis le cimetière de Mardié
jusqu'à l'étang de St. Nicolas, à charge de laisser une ancienne arche de
pierres vis à vis le bois de Latingy ainsi que le pavé de la route sur 400
toises de long.
Les archives notariales nous ont laissé des exemples de baux passés par les
Miromesnil à leurs fermiers qu'il est intéressant d'étudier. Les conditions ne sont
pas toujours les mêmes, ni la durée du bail, celle-ci peut être de 4, 6, 9 ans
ce qui est nettement moins long que les baux de vignes qui eux sont de 18 ou
même de 27 ans (voir Juchinière 1746 - grande maison du bourg 1674).
En 1674 André Binechère prend la Gaillardière. Cette famille donnera des
fermiers aux Miromesnil pendant près d'un siècle; le loyer est de 11 muids de
blé seigle, 10 chapons, 12 poulets, 6 livres de beurre frais - Patazerie en
1650 : bail amollie de tous fruits, plus 6 chapons, 8 livres de beurre frais -
En 1758 le bail sera passé moyennant 250 livres en argent, 6 poulets, 6
chapons, 6 livres de beurre frais, le fermier doit voiturer les matériaux
nécessaires à l'entretien de la métairie, du château et autres maisons; il doit
mener au pressoir du château les vendanges du Porpigneau.
En 1674, on trouve également un bail de la basse cour pour 6 ans : le
fermier doit 20 muids de blé seigle, 8 chapons, 12 poulets, il pourra champayer
les bestiaux avec ceux du Mont et de la Patazerie (les faire paître sur les
prés) - généralement les bâtiments comprennent un logement de l ou 2 chambres
basses avec cheminée, four à cuire le pain et des dépendances nécessaires à la
métairie. Les fermiers sont riches : au décès d'André Binechère en 1747, l'inventaire
est fort long; on trouve par exemple : 13 chemises, 22 draps, 9 nappes,
beaucoup de linge et mobiliers divers, 4 chevaux, 6 vaches etc... Les maisons
de vigne ont un logement identique plus un pressoir, des ustensiles, cuve,
cellier, grenier, grange, toit à vaches et à porcs (bail de la grande maison du
bourg de 1674).
Différents baux nous sont également présentés : bail à rente pour la maison
du Petit Bois en 1722 avec 40 perches de vignes pour 50 livres par an; bail à
ferme du Vieux Château de 1746, il est fait pour 18 ans, la maison comprend
outre l'habitation, grange, toits à vaches et à porcs, greniers, le tout pour
60 livres de ferme.
Considéré comme soutien du régime par sa situation sociale, le comte de
Miromesnil (Hue de Miromesnil Armand est né en 1723 au château de Latingy.
Magistrat et premier président du parlement de Rouen, il fut garde des sceaux
de 1774 à 1787. Il est mort en 1796 au château de Miromesnil Seine Maritime) se
décide à vendre Latingy le 22 janvier 1790. Il trouva un acquéreur dans la
bourgeoisie Orléanaise enrichie par le négoce. Monsieur Nicolas Lasneau était
un des principaux
négociants raffineurs d'Orléans; il acquit Latingy pour 112.400 livres.
Outre le château, il achetait également : les fermes et métairies de la Basse
Cour, de l'Etang, Gaillardière, Patazerie, maisons de vignes du Vieux Château,
de Porpigneau, du Mont - 120 arpents de bois taillis ainsi que 224 livres 5
sols de rente foncière résultant de baux perpétuels sur les maisons et terres
de la Bretauche, de la Chaise, de la Grande Durandière. La propriété avait une
superficie de 1041 arpents d'un seul tenant (sauf la maison du Vieux Château).
Avant 1790, il avait été échevin d'Orléans et lorsqu'il acheta Latingy il
était encore administrateur de l'hôtel Dieu et du Collège. Il avait le titre de
secrétaire du roi, maison et couronne de France, plutôt honorifique, office
acheté en 1787 qui lui permettait de se dire écuyer et de porter les armes :
"de sinople à 3 ancres d'argent 2 et l". Il ne résida pas à Latingy
de manière suivie, mais s'occupa activement de sa propriété; il fit restaurer
et agrandir le château; sa famille souffrit quelque peu de la Révolution. On
raconte que lui même ou plus probablement son gendre dut se cacher pendant 3
mois pour échapper à des poursuites, vraisemblablement dans la cave située sous
le colombier et les membres du personnel lui passaient la nourriture par un
soupirail.
Signalons cependant que certains habitants de la commune n'appréciaient pas
tellement leur châtelain puisque d'après un manuscrit de Pataud, en 1794 Mardié
carbonise tous les noisetiers du canton et mérite les honneurs du procès verbal
du district d'Orléans pour son zèle à dévaster tous les coudriers du parc de
Latingy".
Il décida en premier d'affranchir ses
nouvelles possessions par rachat de plusieurs rentes foncières anciennes dues
respectivement au prieuré de la Conception, au chapitre et à la Fabrique de
Sainte Croix et à la Fabrique de St. Pierre Empont, celle-ci datant de 1615.
Il réunit au domaine la maison de vignes de la Motte Bretauche aliénée à
rente perpétuelle au XVIIIème siècle, la rente était de 50 livres 8 sols, 6
deniers plus une poule, mais Anne Jacquet, veuve de Jacques Baudin ne put la
payer.
Par contre, il se sépare moyennant bail perpétuel de la maison du Vieux
Château avec 4 arpents de vignes et 76 arpents de prés en 1797 à Pierre Rathoin
vigneron à Mardié moyennant le versement de 400 livres comptant plus 200 livres
de rente annuelle; de même pour le clos du Mont en 1797 aussi, la maison avec
10 arpents de terre fut cédée 1.000 livres comptant plus 250 livres de rente
annuelle. Ces sommes étaient bien spécifiées payables en numéraire métallique;
les époux Passegué acquéreurs ne purent payer et c'est le gendre de Monsieur
Lasneau, Monsieur Gefirier de Neuvy, héritier qui exerça les poursuites, le
clos du Mont devait
par la suite être racheté par Monsieur de Beauregard.
Monsieur Lasneau vendit également en 1798 la Grande Durandière, laquelle
devait être rachetée en 1819 par Monsieur Peteau son gendre. Monsieur Lasneau
décéda le 24 avril 1803; l'héritage passe à sa fille. Madame Peteau; son mari
Charles Louis Poteau appartenait à une vieille famille de Bourgeois d'Orléans
remontant au XVème siècle; le blason de la famille Peteau était "d'azur à
3 rosés d'argent au chef d'or chargé d'un aigle éployé (à 2 têtes) de sable,
issant (parait sur le chef)".
Il fût conseiller au baillage et présidial d'Orléans jusqu'en 1790; puis
magistrat au bureau de paix jusqu'en 1795 et ensuite juge au tribunal civil
jusqu'en 1814. Ses fonctions lui laissaient du temps pour s'occuper de ses
fermes; il fit même valoir la Basse Cour à partir de 1808.
Il fit des travaux d'aménagement, des plantations au château; en 1815, il
eut à souffrir de l'invasion des cosaques à Latingy. Lorsque sa femme décéda en
1821, elle lui laissait l'usufruit du château son temps vivant.
Monsieur et Madame Peteau disposaient encore en 1803, outre le château, des
quatre fermes de la Basse Cour, la Patazerie, la Gaillardière et l'Etang avec
les deux maisons de vignes de la petite Bretauche et du Porpigneau. Un certain
nombre de terres furent peu à peu cédées à des vignerons de Mardié : dépendance
de la Bretauche et du Vieux Château, d'autres situées au Porpigneau, à la
Folie, au Petit Bois.
Le Colombier
Monsieur Peteau, fils des précédents, auditeur à la Cour Royale d'Orléans,
puis conseiller fût le maître des lieux de 1821 à 1863. Il vivait à Latingy une
grande partie de l'année et s'y installa complètement à la retraite où il mena
une vie très simple, faisant valoir lui même la Basse Cour, parlant
familièrement avec les habitants du pays. Il secourut les indigents, dota
l'église des verrières qui surmontaient le maître autel, il acheta une maison
dans le but d'y fonder une école libre de filles, mais ceci ne put aboutir.
S'il vendit quelques terres aux Courtils, il racheta plusieurs morceaux aux
clos du Mont, de Latingy et des Volières; c'est sur ce dernier lieu que devait
être édifié le château de St. Aignan en 1868 par son gendre Monsieur Seurat.
Il fit élever en 1862 la Chapelle dédiée à St. Louis dans la cour du
château où il fut inhumé: II fit construire aussi les bâtiments de Maison Neuve
(Aujourd'hui devenu "le parc aux cerfs" en 1990) en 1831: ce fut un
moment une auberge puis devint une petite ferme avec 15 hectares de terre en
1865. Pour cela il utilisa les matériaux de démolition du Porpigneau qui était
devenu bien délabré. A sa mort, en 1864, Monsieur Edouard Poteau laissait un
domaine de 759 hectares, dont 571 sur la commune de Mardié. Il avait été
conseiller municipal à partir de 1828.
Un partage dut être fait entre ses neveux. Messieurs Octave et Théobald de
Beauregard et Madame Seurrat. Le château échut à Monsieur Théobald de Beauregard
qui racheta la terre du Mont en 1885; il avait aussi la Basse Cour, Maison
Neuve et la Patazerie, Monsieur Octave eut la Gaillardière, l'Etang, la maison
de la Bretauche; la famille Sourdeau de Beauregard était originaire du Maine et
Loire. Madame Seurat eut la Grange, St. Nicolas et les Vernelles sur Saint.
Denis.
Au décès de Monsieur de Beauregard en 1897, Latingy avait une superficie de
202 hectares 50 qui fut attribuée à la Vicomtesse de Beaucorps; cette dernière
vendit encore quelques terres en 1899 en bordure de la route d'Orléans.
Monsieur de Beauregard était fixé à Vitry aux Loges dont il était le maire
: il vint se fixer à Latingy en 1870. Sa propriété souffrit de l'occupation
bavaroise en 1871 : 800 soldats cantonnèrent plusieurs semaines, officiers et
sous officiers dans les chambres et les soldats dans les greniers; le mobilier
et les archives furent mis à sac; ils confisquèrent 8 vaches, 2 juments, 88
moutons, du grain et du fourrage, 200 kg de pommes de terre et 10 pièces de
vin.
Monsieur de Beauregard fut refusé au conseil d'arrondissement, mais nommé
conseiller municipal de Mardié; Quand il en hérite, le château était assez
délabré, c'est pourquoi il fit construire deux pavillons de chaque côté de
l'ancien bâtiment à son extrémité sud de 1872 à 1874. La partie ancienne fût
ensuite en partie démolie en 1911 par Monsieur Germain de Pont aux Moines; puis
le gendre refit le bâtiment central beaucoup moins long que l'ancien; il fut
béni en 1911.
A la mort de Monsieur Théobald de Beauregard, Latingy passa à son gendre le
vicomte Maxime de Beaucorps en 1897. Cette famille était originaire de
Bretagne, ses armes étaient "d'azur à 2 fasces d'or". Ils eurent six
enfants dont la fille Elisabeth épousa Monsieur Jules de la Martinière. Ceci
nous amène aux propriétaires actuels que nous connaissons tous.