MAIRIE - ECOLE

 

Peu de personnes pensent que ces modestes bâtiments que nous connaissons bien ont aussi leur petite histoire. On appelle parfois les terrains sis au midi le clos Marcuez, du nom d'un précédent propriétaire, cependant au cadastre de 1834, il est dénommé clos St. Martin.

 

Il ne nous a pas été possible de trouver la relation entre ce nom et le St. patron de la paroisse. Nous avons pourtant pu retrouver les anciens propriétaires depuis la fin du XVIIème siècle.

 

En effet, un acte du 12 octobre 1693 nous apprend qu'à cette époque les lieux appartiennent à Jacques Salomon, écuyer, sieur Duguayneuf, conseiller du roi, trésorier de France au bureau des finances de la généralité d'Orléans, demeurant au dit Orléans, paroisse St. Sulpice. La propriété de Mardié ne constitue donc pour la famille Salomon qu'une résidence secondaire; elle comprend non seulement la mairie et les écoles, mais aussi les petites maisons des environs et le clos St. Martin situé au midi des dits bâtiments.

 

Par cet acte, les gagiers et marguillers de l'église et paroisse de Mardié, René Charlet laboureur et François Juranville vigneron en présence de François Tardiveau, maire et juge ordinaire de la mairie du dit Mardié "cèdent, quittent, transportent et délaissent de maintenant à toujours et promettent garantir de tous troubles, évictions et empêchement quelconque envers le dit sieur Salomon, une pièce de vigne d'environ un demi arpent assise au clos de St. Martin, tenant de toutes parts au dit sieur Salomon". Ainsi ce dernier agrandit peu à peu son domaine.

 

La pièce de vigne est donnée en échange d'une rente annuelle et perpétuelle de 22 livres 4 sols et 4 deniers payable au jour et fête de Toussaint. La dite rente avait été constituée par Etienne Juranville au profit de défunt Hierosme Salomon, vivant sieur des Baronnières, père du dit sieur Duguayneuf, par contrat passé le 11 février 1651, ce qui nous indique que déjà à cette date, la famille Salomon réside à Mardié. Pour autoriser cet échange, une assemblée des paroissiens s'était tenue à l'église.

 

Nous retrouvons la famille Salomon dans un acte de 1751 (2 mars) : il s'agit de Jérôme Salomon, écuyer, sieur Duguayneuf, héritier de défunt son père Jacques Salomon, sieur Duguayneuf et de son frère Jacques Salomon, sieur des Baronnières, à propos d'une rente de 72 livres, 17 sols, 8 deniers, envers la Fabrique de Mardié, déjà constatée par des contrats de 1693 (nous l'avons vu) et 1695.

 

D'où il résulte que tous les biens du sieur Duguayneuf sont tenus, chargés, affectés, obligés et hypothéqués en garantie de paiement de la dite rente. Confirmation avait été donnée de ces contrats en 1722. Cette rente subsistera même après la Révolution au profit de la nation et ne sera rachetée, donc annulée qu'après 1800.

 

On trouve également en 1742 et 1743, deux acquisitions faites par le sieur des Baronnières, de terres qui se trouvaient enclose dans sa propriété : deux fois 5 perches de terre, l'une pour 12 livres, l'autre pour 15 livres. Mention est faite que ces terres se trouvent en censive du dit sieur des Baronnières, à cause de sa censive du Cheval Blanc. Nous avons déjà expliqué ce qu'était une censive à propos de Latingy et de la commune : disons alors que la famille Salomon bénéficiait de la censive du Cheval Blanc.

 

Celle-ci devait donner son nom à une rue de Mardié (Aujourd'hui rue E Famault depuis 1990). Il n'en a pas été possible de reconstituer la surface ni de la bien localiser. Nous en avons toutefois une petite idée par un acte de foi, aveu et dénombrement de Jean Poussot au duc d'Orléans daté de 1776.

 

Il est question de la censive du cheval blanc à prendre sur les clos de  St.  Martin,  des Sédillières, de Rougeard, de la Rouillerie, de derrière les Courtils, des Pichotières ou de la Bruyère Poulain, la petite Durandière, petite Ducinière, sentier de Beauvais, derrière l'Aumône et clos Abraham; (remarquons au passage qu'il y a eu autrefois une censive du sieur Abraham.)

 

Nous retrouvons dans les possessions de la Fabrique plusieurs terres qui en faisaient partie; on ne sait pas non plus ce que cette censive représentait en valeur.

 

La famille Salomon résida à Mardié pendant plus d'un siècle. Nous la voyons dans les archives de l'état civil participer à la vie du village; en 1654, noble homme Charles Salomon, sieur des Baronnières est parrain, en 1657 demoiselle Anne Salomon, femme de Monsieur Bachelande est marraine d'une fille Flattet. En 1663, noble homme Jérosme Salomon, gentilhomme ordinaire de son Altesse de France est parrain d'un fils Tardiveau, la marraine étant Anne Courtin fille de Nicolas Courtin, chevalier seigneur de Rozay et de la terre de Latingy, conseiller du roi en ses conseils et grande chambre du parlement.

 

Ceci nous indique également qu'il devait exister de bonnes relations entre les propriétaires de Latingy et ceux du clos St. Martin. En 1684 on enterre dans l'église Claudine Goyer, vivante demoiselle du Cheval Blanc devant l'autel delà Sainte Vierge. On ne sait quel rapport il y avait entre elle et la famille Salomon...

 

On les retrouve encore en 1683, 1696, 1697, 1700 : A cette date, le parrain est Charles Salomon, sieur Duguayneuf, la marraine Marie Françoise Mayeux Duhamel fille d'un contrôleur du canal. Puis en 1701, 1703, 1704, 1705, 1706. A ce moment, le parrain est le fils Duhamel, la marraine Anne Salomon.

 

On ne sait si les Salomon passaient beaucoup de temps à Mardié; on ignore aussi à quelle date ils ont quitté notre commune. Leur dernière apparition est à l'état civil en 1753, puis dans un acte de 1768.

 

A partir de 1778, nous trouvons une autre famille, celle de Jean Poussot, conseiller du roi, ancien inspecteur de police de la ville de Paris, que nous avons vu précédemment à la Perrière. A-t-il vendu cette dernière propriété pour acheter celle du bourg? Peut-être. Il semble bien qu'il s'agisse d'une famille qui se retire à Mardié. Elle célèbre cette année 1778, son mariage jubilaire. En 1782 Jean Poussot a le malheur de perdre son épouse : elle a 72 ans, lui-même décède en 1791; il avait 88 ans.

 

L'acte d'achat de la commune nous révèle ensuite la succession des divers propriétaires : nous aurons Monsieur Brochot, avoué au tribunal de la Seine, qui a acquis les dits bâtiments par adjudication sur licitation entre les héritiers de Jean Poussot le 22 novembre 1792. Puis Mademoiselle Carteron les achète le 12 frimaire an 9, elle paie 4.000 francs, plus la rente due initialement à la Fabrique et à cette époque à la nation.

 

Mademoiselle Carteron cède sa propriété le 22 thermidor an XII aux époux Dubois Destas; il se dit ancien greffier au tribunal de commerce d'Orléans; tous deux meurent sans postérité.

 

Et nous arrivons à Monsieur Marcuez, légataire universel de Madame Dubois Destas, par testament du 31 mai 1839, conjointement avec Monsieur Etienne Destas et Madame Anne Catherine Destas.

 

C'est donc finalement Monsieur Antoine Aubert Marcuez qui devait céder à la commune de Mardié les bâtiments qu'elle se proposait de transformer en école et mairie le 23 novembre 1843. Mais ce qui s'appelle de nos jours école de filles ne fut acquis que le 30 mai 1873 de Monsieur Bernard Beulin.

Il faut mentionner que Monsieur et Madame Dubois Destas s'étaient libérés de la rente en payant le capital à l'état.

 

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