REVOLUTION
Fort intéressante est l'étude des cahiers de doléances qui nous apporte le
reflet des idées, des préoccupations et des souhaits des habitants de l'époque.
Il ne fut pas rédigé par les habitants eux-mêmes mais par un homme de loi qui rédigea
celui de plusieurs communes selon le même modèle.
Voyons plus en détail le procès verbal de l'assemblée du 27 février 1789 au
banc d'oeuvre de l'église sous la présidence de Nicolas Johanneton, procureur
fiscal de la justice de Sainte Croix d'Orléans, assisté de son commis greffier.
La dîme du blé est de : une gerbe par arpent, celle du vin : une pinte par
poinçon, des cochons le dix-huitième, des agneaux un sol par bête. La taille en
1788 a été de 4997 livres 10 sols dont 2359 en principal, le reste en
accessoire et capitation.
Les plus imposés sont Jean Poussot (54+59) François Gorrant (46+51) Antoine
Bastard (39+41) François Richard (131+146) Marceau
Victor Jobet (37+41). Sont députés à Orléans Jean Poussot et Marceau
Proust; il n'a malheureusement pas été possible de connaître la profession de
ces personnages.
On se plaint des intempéries et des impositions, du pain trop cher, de
l'augmentation des gages des domestiques devenus excessifs par la rareté des bras
d'où diminution des produits de la terre.
On demande entre autres choses :
1. Que le clergé, les ordres
religieux et la noblesse paient un impôt territorial.
2. Que les curés aient un revenu
d'au moins 1500 livres.
3. La suppression des aides dont la
moitié du produit passe au profit des fermiers généraux.
4. La suppression des tailles et des
corvées.
5. Qu'il n'y ait qu'un seul poids,
une seule mesure et même aune dans tout le royaume.
6. Le remboursement des rentes
foncières appartenant aux gens de main morte et que l'on fixe le coût des
reconnaissances de cens à fournir aux seigneurs.
7. Les habitants demandent un
vicaire avec le curé; on trouvera de quoi payer ses honoraires dans les revenus
du Prieuré de Pont aux Moines et de la chapelle de St. Mathurin en prenant sur
ces bénéfices qui produisent 4 à 5.000 francs chacun an.
8. La suppression des droits de
francs fiefs et gabelle.
9. Que la justice soit plus rapide
et moins chère.
10. Il faut laisser l'impôt sur le tabac mais le modérer sur le café, les
cartes, la poudre et le fard.
11. Il faut faire payer une forte capitation aux laquais, gens inutiles au
monde, fainéants et la plupart déserteurs des campagnes, aux filles de chambre.
12. La suppression des droits de péages et douanes intérieures.
13. L'abolition des moulins, fours et pressoirs banaux qui sont payés en
nature ce qui fait que le meunier gagne d'autant plus que le blé est cher.
Ils rappellent que la rigueur de l'hiver a gelé totalement les vignes,
malgré cela ils paieront encore.
Différents impôts sont suggérés : sur les carrosses un louis, les chefs de
cuisine 6 francs, les valets de chambre 12 livres, les servantes 10 sols et les
garçons jardiniers 100 livres.
Comme on le voit, les préoccupations étaient assez terre à terre. La seule
allusion politique importante est un hommage à Necker.
Les vagues de la Révolution qui ont déferlé sur la région parisienne et les
grandes villes n'arrivèrent que mollement sur notre commune, mais l'obéissance
aux nouvelles règles ne se fit pas sans heurts. Ainsi le 5 septembre 1789 le
comité provisoire de sûreté et de subsistance d'Orléans condamne à l'amende
deux boulangères de Châteauneuf et de Mardié, pour avoir acheté avant le marché
du blé, par l'intermédiaire d'un portefaix qui est envoyé en prison jusqu'au 9.
En l'an II un cultivateur de Mardié (Louis Juranville)
est arrêté pour fausse déclaration de grains en sa possession. Dupuis, marchand
de vin, avait acheté 7 pièces de vin rouge pour le compte de son père marchand
à Paris; le 15 prairial an V, la municipalité de Port Neuf refusa de viser les
lettres de voiture; (le 24 prairial, le district d'Orléans annule cet arrêté)
le 16 les lettres furent visées mais on demande à Dupuis de surseoir jusqu'à la
fin du recensement alléguant que l'opposition venait du comité de surveillance
et qu'on ne pouvait laisser suivre "sans des rumeurs populaires".
Le secrétaire de mairie nouvellement nommé a pris soin de recopier
soigneusement les lettres patentes du roi; on apprend donc les décisions
suivantes qui constituent un assez grand bouleversement dans la vie quotidienne
:
Août 1789 - L'assemblée nationale détruit le régime féodal; ceci sera
précisé en 1790. Les actes de foi et hommage sont abolis; les fiefs ne sont
plus soumis à aveu et reconnaissance; les droits tant féodaux que censuels sont
abolis; toutes les justices seigneuriales sont supprimées; les dîmes de toute
nature et redevances qui en tiennent lieu sont abolies, sauta aviser au mieux
de subvenir (Tune autre manière à la dépense du culte et à l'entretien des
ministres, soulagement des pauvres, réparation des églises et presbytères. On
ne donnera pas moins de 1200 livres par an dans aucune cure.
16 septembre 1789 - Toutes rentes foncières perpétuelles seront
rachetables. On procédera à la levée d'une contribution extraordinaire et
patriotique en fonction des revenus de chacun. Les ventes et circulation des
grains seront libres.
23 septembre 1789 - La gabelle sera abolie aussitôt que le remplacement en
aura été concerté.
14 décembre 1789 - On forme les municipalités; tout français de 25 ans
payant une contribution d'au moins 3 journées de travail est électeur; il sera
éligible par une contribution de 10 journées de travail; le maire est élu à la
majorité des voix; un nombre de notables double de celui du corps municipal
fera avec lui le conseil général de la commune; tous doivent prêter serment à
la constitution, à la loy et au roy; ce sont des agents de l'administration
générale avec un droit propre de délibérer et d'agir pour tout ce qui concerne
les fonctions vraiment municipales.
Janvier 1790 - Le royaume est divisé en départements, puis districts, puis
cantons.
Le l février 1790 a lieu une réunion à l'église pour former les
municipalités : Jobet est élu maire avec comme
officiers G. Barruet et P. Simon. Les notables
sont nommés : N. Lemoine, J.
Belletoise, P. Juranville et J. Goujon.
24 mars 1790 - Un décret ordonne la vente des biens domaniaux et
ecclésiastiques; les municipalités peuvent les acquérir si cela leur convient
mais doivent les remettre en vente.
22 avril 1790 - Les assignats nés par décret du 19 février 1790 auront
cours de monnaie entre toutes personnes dans toute l'étendue du royaume; ils
vaudront chaque jour le principal plus l'intérêt acquis, lequel est de 5 puis
3%; ils seront remboursés par tirage au sort sur la contribution patriotique de
1791/92.
30 mai 1790 - La commune de la paroisse a formé une milice pour maintenir
le bon ordre et faire exécuter les décrets de l'assemblée : ce sont les membres
de la garde nationale; le commandant en est Poussot; il y a en tout 35
volontaires.
14 juillet 1790 - On va célébrer le mémorable jour de l'anniversaire de la
liberté française; tous les citoyens sont invités à cette auguste cérémonie; la
messe est chantée à grand coeur tant à la voye que par la musique militaire; un
autel avec fleurs est dressé sur la place; à midi, tous prêtent serment et
jurent fidélité à la nation, la loy et le roy. Puis on a fait un bûcher, mis le
feu et dansé jusqu'à la nuit. On a compté plus de 200 personnes. Une réunion a
lieu pour donner avis sur la construction d'un moulin à eau par le sieur Jobet,
maire, sur le Cens. Ce sera une grande ressource pour les habitants, vu qu'il
n'y a que des moulins à vent et qu'il prendra moins cher que les autres
meuniers. Il a acquis de Monsieur d'Orléans la prairie dans laquelle le moulin
sera situé.
13 février 1791- Une assemblée a lieu pour chercher un curé, le sieur
Hubert Julien Vovard ci devant Recollet actuellement notre desservant, remplit
ses fonctions avec zèle, : que les électeurs le choisissent.
13 novembre 1791 » Nouvelle assemblée pour l'élection du maire, Bastard est
nommé. Le scrutin a lieu dans la susdite chambre; il faut donc supposer que la réunion
n'a pas eu lieu à l'église mais dans un petit local qui se tenait dans
l'actuelle venelle des lilas et qui a précédé
notre mairie (mairie jusqu'en 1983)
4 février 1792 - Jacques Aubert, maître d'école rapporte un livre à lui
envoyé par Vincent ci devant curé de Mardié. Il s'agit d'un catéchisme
(l'institutrice Marie Anne Lecointe en a eu un
aussi, mais l'a brûlé). Il contient plusieurs principes inconstitutionnels
susceptibles de produire mauvais effet dans la paroisse et créer des désordres
parmi le peuple. Le dit Vincent résidant actuellement à Orléans, depuis sa
sortie ou son expulsion, a eu différentes conversations avec des citoyens de la
paroisse, tenant des propos scandaleux contre notre curé actuel qu'il traite
d'intrus journellement, que son ministère est nul, qu'ils ne doivent pas aller
à la messe et autres raisons qui ne tendent rien moins qu'à soulever le peuple;
qu'enfin il a tenu les propos les plus injurieux contre la municipalité.
En conséquence, nous, officiers municipaux, dénonçons le dit sieur Vincent,
tant pour le catéchisme inconstitutionnel qu'il a fait passer dans la paroisse
que pour les propos qu'il a induisent tenus publiquement, dont nous offrons la
preuve, enjoignons M. Jobet, procureur de la
commune de remettre copie du présent procès verbal à M. l'accusateur public de
la haute cour nationale établie ã Orléans.
Place de la mairie
La question fort épineuse de la nomination du curé de la paroisse présenta
beaucoup de difficultés. François Cerisier participe peu à la Révolution, il
n'était plus à Mardié lors de sa déportation. Son dernier acte est du 27 avril
1789; il signe encore quelques actes en mai comme ancien curé de Mardié
jusqu'en 1790. Il fut arrêté en 1793. Vincent lui succède, son premier acte à
Mardié est du 16 mai 1779; son dernier acte du 15 janvier 1791; il refusera le
serment et émigra : il s'embarque à Dieppe pour l'Angleterre en septembre 1792.
Quettier, ancien curé de Bou réussit à se faire élire curé de Mardié le 20
février 1791 à l'assemblée électorale du district d'Orléans. Il signe son
premier acte le 9 avril 1791; on trouvera cependant quelques signatures de
Vovard "en l'absence de Monsieur le curé de la paroisse". Le dernier
acte du registre paroissial est du l er Janvier 1793. Après cette date les
registres d'état civil sont tenus par un officier public; le premier étant Jobet, puis Quettier interviendra à nouveau en tant
qu'officier d'état civil à partir du 13 janvier 1793; son dernier acte à ce
poste est du 19 décembre 1793; il est alors membre du conseil général de la
commune. Après lui, le poste sera pris à nouveau par un laïc : Dupuis. Quettier
avait évidemment prêté le serment; il ne restera cependant pas longtemps en
exercice puisque la commune n'a aucun desservant de 1792 à 1801: le II prairial
an IX (31 mai 1801) Grelot, ministre du culte reçoit le premier paiement de ses
honoraires de 25 francs par mois,
En 1791, les biens de la cure et de la Fabrique furent vendus; il faut
supposer qu'il en fut de même du presbytère bien que nous n'en ayons trouvé
aucune trace. Le 9 mars, sont mis en vente 3 arpents 45 perches de vigne en 15
pièces en Dinechien et Queue de rat et autres, dépendant de la cure et que le
sieur curé faisait valoir. Venchère est de 1300 livres; un certain Rathoin les
achète.
7 octobre 1792 - Réunion des officiers municipaux, de la garde nationale et
du curé à l'issue des vêpres, devant l'arbre de la liberté pour prêter serment;
femmes et enfants ont crié "Vive la liberté et l'égalité de la République
Française".
Pendant quelques temps le pont sur le Cens s'appelle pont Pelletier du nom
d'une famille habitant la région pour supprimer l'allusion aux Moines.
Puis, peu à peu les esprits se calmèrent, la vie reprit son cours plus
calme, les institutions nouvelles se mirent en place. Un arrêté de pluviôse an
X précise qu'il sera établi un ou plusieurs gardes champêtres dans chaque
commune; ils seront salariés. La loi du 24 floréal an X accorde l'amnistie aux
déserteurs, 7 noms sont donnés sur la commune; en l'an XI, dix jeunes gens ont
une dispense définitive.
Ainsi l'empire s'écoule sans aucun fait marquant spécial sauf peut être
cette St. Napoléon qui fût instituée le jour anniversaire de la naissance de
l'empereur.
Mais lès soucis revinrent avec l'invasion ennemie de 1814/1815 et les
réquisitions : du 3 au 12 juillet 5 chasseurs ont usé 3 livres de chandelle, l
livre de tabac et une bouteille d'eau de vie puis 50 hussards prussiens
arrivent le 13 juillet et établissent un poste chez M. Moinat et Joseph Duneau;
du 15 au 25 juillet, un poste de dragons est arrivé : ils ont établi un bivouac
au dessus de Pont aux Moines sous les châtaigniers de Monsieur Geffrier (La
Perrière). Du 25 juillet au 4 août s'installe un autre poste de dragons
prussiens. Le 9 août arrive une avant-garde de 10 hussards bavarois; le 10
août, ils demandent des rafraîchissements et boivent 3 poinçons et demi de vin
chez l'adjoint et les vignerons ont du apporter 105 litres, ce qui fait un
total de 220 litres. 38, 44, ou 52 soldats selon le jour étaient hébergés chez
l'habitant. Le 31 août 1815 on en comptait jusqu'à 207 et 194 le 27 septembre
(dont 10 chez Dubois, 8 chez Geffrier, 20 chez Peteau et 9 chez Bérault).
La viande est distribuée par le marchand boucher Couraille pour le compte
de M. Chambon fournisseur des armées bavaroises à Orléans.
Des réquisitions sont opérées chez une dizaine de propriétaires importants de
la commune. Il n'est pas précisé comment les particuliers ont été remboursés de
tous ces frais, si toutefois ils l'ont été.
Les registres de conscrits révèlent quelques surprises : le plus grand
nombre d'exemptions a lieu pour motif de défaut de taille. Pour 1824 par
exemple, 6 conscrits présentés : le premier souffre de faiblesse d'estomac, le
deuxième d'une hernie, le troisième défaut de taille, le quatrième faiblesse de
poitrine, le cinquième louchant aucun n'a effectué son service militaire, le sixième
ayant un frère en activité de service. Quelquefois le recrutement se faisait
par tirage au sort; certains payaient alors pour être remplacés.